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(#) Dim 27 Sep 2015 - 21:02
hasegawa sae

âme égarée
Héritage Infortuné ♆ elle porte un nom dont les consonances vous interpellent, un assemblage de sons que l'on n'a pas l'habitude d'entendre en ces contrées brésiliennes. Hasegawa. Un patronyme qui trahit des origines japonaises, qui font d'elle une étrangère, une Asiatique, une femme qui n'a ni les yeux en amande ni les cheveux clairs et qui en est fière. Appellation aux Origines Contrôlées ♆ Son prénom se prononce en une diphtongue à demi-avalée, que l'on transcrit généralement en trois lettres. Sae, c'est simple, bref, expéditif. Pour elle, c'est un prénom impersonnel. Un diminutif du prénom qu'elle portait autrefois, et qu'elle a rejeté lorsque son existence a changé. C'était mieux avant ♆ elle a atteint le quart de siècle il y a un an. Âge symbolique qui a marqué un véritable tournant dans sa vie. Première Bouffée d'air ♆ Sae est venue au monde le neuvième jour de juillet, à Osaka, dans la maison familiale. Dans le plus grand secret, car une telle naissance, si infamante, ne pouvait être véritablement criée sur tous les toits. Papa et Maman ♆ Elle est née au Japon, en a toujours la nationalité d'ailleurs. Mais n'a pas forcément la mentalité des femmes de là-bas, ayant toujours aspiré à celle qui se tiendrait au sommet à la place de son frère aîné (et enfant légitime). Sa mère était une étrangère blonde. Une passade assumée à grand peine par le père. Elle est vite sortie de la vie, et Sae ne sait même pas de quel pays elle venait. D'ailleurs. C'est tout ce qui compte. Dans mon lit ♆ Des femmes, uniquement. Sae s'est rendue compte assez tôt qu'elle était homosexuelle, sans jamais se poser trop de questions. C'était naturel pour elle, il n'y avait pas à tergiverser, et tant pis si ce genre d'union n'était pas reconnu par le gouvernement, elle n'a jamais envisagé de se marier de toute façon. Degré de solitude ♆ Il y avait quelqu'un, dans sa vie. Avant. Sae l'a laissée derrière elle. Cette histoire est terminée, elle en a conscience ; elle a tourné la page, ou presque. Quelques résidus de sentiments s'accrochent encore désespérément, comme si elle espérait la voir débarquer un beau matin. Ce n'est cependant qu'un rêve irréaliste, qui ne sert qu'à la faire souffrir. Tromper l'ennui ♆ en attendant de trouver mieux, de nouer les bons contacts, Sae travaille comme employée dans une petite supérette du centre. Juste des produits de proximité. Cela lui va mal. Idolâtrie ♆ bien que fondamentalement athée, elle a toujours été élevée au rythme des célébrations shinto. Elle a également eu quelques contacts avec la religion chrétienne dans la mesure où sa meilleure amie venait d'une famille catholique. Tombé dans le trou à rat ♆ quatre mois. Quatre longs mois que Sae, après de nombreuses péripéties, a fini par poser ses valises dans un coin complètement paumé. Non sans avoir véritablement cherché à s'y rendre. Non sans véritablement chercher à partir. La nouvelle famille ♆ les salauds.


au-delà des dunes
Joli prénom ♆ il est pas beau, laissez tomber.   Pseudo pas beau ♆ j'en ai beaucoup, mais je n'utilise jamais mon vrai pseudo. En ce moment, c'est Arsinoé. Nombre d'hivers endurés ♆ techniquement je n'ai enduré que vingt-et-un hivers. Mais le vingt-deuxième arrive bientôt. Pierre précieuse préférée ♆ j'y connais rien, mais je suppose que quelque chose qui me conviendrait le plus, ce serait une pierre presque incolore et pas trop précieuse non plus. Compagnie de voyage ♆ en cliquant sur un lien. Par mp. Mot doux ♆ plus original que la moyenne, voilà pourquoi je suis la. Degré d'addiction ♆ je suis sur mon pc tous les jours, mais je suis flemmarde, je ne passe pas toujours sur les forums. Ça dépend de mon humeur. Sésame ouvre-toi ♆ OK BY ALIEN Tête de cochon ♆ Kiko Mizuhara. TYPE DE PERSONNAGE ♆ inventé. Remerciements ♆ bann → melody in ink, tumblr; ava → applestorm. Mot d'amour en plus ♆ en vrai c'est la première fois que je joue une Japonaise et ça fait longtemps que je n'avais pas fait une femme, je me sens toute chose.
Je cherche les déserts, les roches égarées, les forêts sans chemin, les chênes périssants, mais je hais les forêts de leurs feuilles parées, les séjours fréquentés, les chemins blanchissants. ▲ AGRIPPA D'AUBIGNÉ

une vie

Sae, ce n'est pas la femme douce et docile qui acquiesce à tout.
Ce n'est pas non plus la rebelle qui refuse toute autorité, s'efforce d'exprimer son désaccord à la moindre contrariété.

Sae est ombre et lumière.
En apparence, c'est une femme plutôt calme. Elle ne pose pas de problème si on ne lui pose pas. Elle répond poliment quand on lui parle avec respect. Elle s'adapte à son public, surtout. Elle n'est pas manipulatrice, ni comédienne ; elle a simplement l'habitude de donner ce que l'on attend d'elle. Elle manque de spontanéité, et ne semble pas y voir un problème. Elle préfère sourire quand on attend de la joie de sa part. Cela ne veut pas dire qu'elle est faible, aisée à contrôler. Sae entretient un rapport superficiel avec les autres. Elle ne s'attache pas. Elle ne se dévoile pas. Elle préfère écouter que parler, et évite généralement les sujets graves. Elle s'approche des autres quand elle a besoin d'eux, puis se retire quand elle se lasse de leur compagnie - mais elle le fait sans méchanceté aucune. Cette façon qu'elle a de se comporter avec les autres reflète son rapport à l'existence. Elle n'attend rien de la vie. Elle ne cherche pas non plus à lui prendre quoique ce soit. Elle accepte ce qui lui vient, elle s'adapte aux circonstances. En conservant toujours son calme. On la voit rarement exploser, comme si au final, elle se fichait de tout. Comme si elle s'intéressait assez peu à son sort, comme si elle était indifférente à tout. Elle est blasée, Sae. Elle est jeune mais croit déjà avoir tout vécu. Elle ne croit plus à grand chose. Ni à l'amour, ni à l'amitié. Elle vit donc avec légèreté, sans plus jamais se fixer. S'efforçant de se maintenir en vie, et en bonne santé - mais guère plus.

Elle n'a pas toujours été comme cela, Sae. Il y eut un temps où elle n'était que pure lumière, illuminant les ténèbres qui l'entouraient. Fille illégitime que l'on ne cachait pas vraiment, sans jamais être reconnue pour autant, grandissant dans un milieu criminel, très respectueux des convenances et des traditions - Sae ne pouvait qu'être un rayon de soleil pour compenser tout cela. Sae ne s'est jamais plainte ; elle ne le fait toujours pas. Autrefois, elle s'efforçait de tout faire pour que les autres soient heureux. Elle ne désire plus qu'une seule chose : qu'ils se sentent assez à l'aise en sa compagnie pour ne pas l'abandonner quand elle ne le veut pas.

Sae était vraie autrefois, authentique ; elle était plaisante et agréable ; désormais, elle est fausse. Elle ment, et ne semble pas s'inquiéter de savoir si l'on va se rendre compte de ses mensonges. C'est peut-être même mieux, d'ailleurs, si on s'en rend compte. Elle n'est pas fiable, fait preuve d'hypocrisie - mais toujours sans être animée de mauvaises intentions. Elle est distante, froide. Elle ne fait pas vraiment attention aux autres. Elle vit seule, comme une blessée qui aurait peur d'accepter ses sentiments. Sae s'en fiche. Elle n'a pas plus beaucoup d'aspirations, plus beaucoup de rêves. Juste un seul. Sae est parcourue par une seule envie : elle veut retrouver l'ambiance de son foyer. Ce mélange de péril constant, et de confiance absolue envers ses collègues - ou plutôt ses frères. Voilà ce que veut Sae. Elle n'a besoin de rien d'autre : elle veut simplement faire partie d'un tout, d'un gang, d'une bande qui saura l'accepter telle qu'elle est, et dont elle pourra accepter le fonctionnement, en s'accommodant du caractère des autres membres. Elle ne veut plus être une étrangère, un élément indésirable que l'on accepte parce que l'on a le choix. Elle veut se noyer dans un groupe. Ne plus être un individu. Cette notion la révulse. Mais bien sûr, Sae sait qu'elle aura du mal à trouver ce qu'elle désire. Alors elle s'isole, par peur d'être blessée. Elle craint le rejet des autres, et préfère qu'ils la considèrent comme une personne hautaine, inaccessible, plutôt que quelqu'un de facile et naïf. Sae a perdu toute sa crédulité dès l'enfance. Elle a conscience des difficultés que le monde connaît. Et elle pense être taillée pour les épreuves qui l'attendent. Les maux physiques ne l'affectent guère. Elle sait ce qu'est la douleur. Ou du moins, elle croit la connaître. Elle fera tout, en tout cas, pour ne pas craquer, pour se montrer digne de son héritage.

Sae, ce n'est pas la petite poupée de porcelaine qu'il faut préserver pour qu'elle ne se casse pas.
Ce n'est pas non plus la femme indestructible que rien ne peut atteindre.
Elle est humaine, tout simplement.


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(#) Dim 27 Sep 2015 - 21:05
dans son ombre

l'étrange
Sae ne bouge pas. Elle se fige, telle une poupée de porcelaine. Telle une figure gravée dans la glace. Elle devient froide, très froide. Elle se glace. Elle ne dégage plus de chaleur, telle une mort, quand bien même son cœur continue de battre. En accord avec son tempérament, Sae devient physiquement froide. Quand elle n'y prête pas attention, sa température temporelle chute, lui conférant un aspect cadavérique. Cela n'a aucune influence sur sa santé, d'ailleurs. C'est son corps qui réagit naturellement ainsi. Sae ne contrôle pas le phénomène. Quand elle s'active un peu plus, quand elle s'anime, sa température redevient normale. L'avantage, c'est que Sae ne craint plus vraiment le froid. L'inconvénient, c'est que la chaleur, souvent, l'incommode, en particulier lorsqu'elle est glacée. Mais peu importe. Sae ne désire pas contrôler son don, n'en voyant tout simplement l'utilité. Il s'est manifesté la première fois alors qu'elle essayait de faire une sieste, en après-midi. Elle était en train de s'endormir quand on l'a secouée vigoureusement, inquiet de la voir ressembler de plus en plus à une morte. Elle se sentait parfaitement bien, cependant bien. Elle n'a jamais eu à souffrir de ce don, pas plus qu'elle n'en a l'utilité. Un don de pacotille, qui ne sert à rien, sinon à faire joli - cela lui ressemble bien. Voilà pourquoi elle ne fait aucun effort pour contrôler le phénomène, qui se manifeste en général au moins une fois par jour, au moment où elle s'apprête à s'endormir. C'est pendant son sommeil qu'elle est le plus froide. Elle se réjouit de dormir seule. Elle ne serait désormais plus une compagnie très agréable.
(c) applestorm


São Poeira
Sae, elle n'est là que depuis quatre mois. Quatre mois minuscules à l'échelle de sa vie, mais qui l'a profondément modifiée. Elle est arrivée ici par erreur, en s'égarant dans le désert ; inconsciente de ce qu'elle faisait, inconsciente même de la possibilité qu'elle aurait pu en mourir, elle avait marché vers la ville avec détermination, comme si elle se pressentait quelque chose. Elle n'était qu'une touriste, avant. Ou une fuyarde. Elle était sans doute les deux, en fait ; poussée au départ par les circonstances familiales et un péril imminent, ayant décidé de marcher la tête haute en profitant de la fortune de papa une dernière fois pour explorer le monde, et ne jamais se fixer. São Poeira  a au final marqué la fin de ses errances, le moment où elle s'est posée. Elle n'a jamais songé à cet endroit, depuis qu'elle est ici. Les racontars lui ont donné envie de rester, elle aime l'ambiance, et puis, si elle ne peut pas quitter cet endroit, elle s'en réjouit secrètement. Cela fera sans doute d'elle une habitante comme une autre, liée par la même malédiction ; c'était ce qu'elle cherchait en vagabondant, au fond, un endroit où elle se sentirait assez bien pour poser ses valises. Elle n'aurait sans doute jamais choisi São Poeira , mais elle ne se déplaît pas ici. Elle est sans doute l'une des rares à ne pas dépasser l'environnement, d'ailleurs. Plus la ville se détériore, et puis Sae s'épanouit.
(c) applestorm

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir, Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. ▲ BAUDELAIRE

une mort

Sae avait toujours associé sa maison au silence.
L'extérieur était un monde bruyant, animé, mais paradoxalement tranquille. L'abondance de sons n'était pas quelque chose de gênant pour elle. Elle aimait les cris surexcités de ses copines, la voix posée et assurée de ses professeurs, le sifflement du vent lorsqu'il soufflait assez fort pour la décoiffer quand elle n'attachait pas ses cheveux. Il y avait toujours quelque chose pour lui emplir les oreilles, pour lui faire oublier la lourdeur de son existence, et Sae n'en demandait pas plus. Voilà pourquoi elle traînait toujours longuement après les cours, restant à l'école jusqu'à la fermeture de celle-ci - très souvent après la nuit tombée, surtout en hiver où le soleil frileux se réfugie dans le sommeil à une heure hâtive. Elle n'avait jamais eu peur du noir ; lorsque le soir recouvrait le monde de son voile sombre, elle ne se sentait pas seule. Il y avait le bruit des voitures, le pas des passants, parfois même un peu de musique accompagnait son cheminement. Et elle était heureuse. Elle était heureuse jusqu'au moment où elle se retrouvait sur le devant de sa porte.
On la saluait poliment, mais sans mot dire. Juste un regard appuyé, une légère inclinaison du buste, et déjà, l'attention de ces hommes durs et violents se détournaient d'elle. Elle non plus, elle ne disait rien. Elle se rendait dans sa chambre dans le silence le plus complet, déballait ses affaires, rangeait soigneusement ses livres à leur place et ôtait son uniforme scolaire pour opter pour une tenue un peu plus pratique. Elle s'installait à son bureau et commençait alors ses devoirs. Il était souvent l'heure du dîner, mais elle n'avait pas faim. Elle mangeait un peu avant. Grignotait légèrement, pour emplir son estomac. Elle ne participait jamais aux dîners de famille. En partie parce qu'on lui avait jamais dit que sa présence était appréciée. En partie parce qu'elle ne supportait pas les regards appuyés de la femme de son père, femme légitime qui n'osait pas dénoncer les incartades de son mari - pas dans ce contexte particulier où l'obéissance à cet homme-là, que l'on soit un de ses subordonnés ou sa femme, est la seule option possible - mais qui ne se privait pas de faire sentir à la fille naturelle son animosité. Toujours sans rien dire. Elle ne parlait pas, cette femme, et Sae ne lui disait rien non plus. Pendant qu'elle faisait ses devoirs, elle entendait au loin les éclats provenant de la conversation du souper. Elle tendait l'oreille, comme si elle espérait percevoir quelque syllabe. Mais elle ne distinguait jamais rien. Elle se contentait de scruter avec attention, mais en vain. Elle n'écoutait jamais de musique chez elle car elle avait toujours l'espoir qu'un jour, elle comprendrait ce qu'il se disait. Parfois, elle se demandait si l'on parlait d'elle. Si elle était au cœur des pensées de ces gens. Ou au minimum, juste une pensée parasite. Car ces gens-là étaient au cœur de toutes ses préoccupations, qu'elle le veuille ou non.
Sae attendait toujours qu'il soit neuf heures et demi pour se rendre dans la cuisine. Si elle finissait plus tôt, elle restait assise à son bureau sans rien faire, ou elle attrapait un crayon et se mettait à dessiner. Elle attendait toujours cette heure, car elle savait que le père réunissait ses plus proches dans le bureau, et que la femme de son père se retirait dans sa chambre. Le seul aléa, c'était son aîné. Aîné de seulement quatre mois, en vérité - c'est dire à quel point l'infidélité du père était mal survenue -, mais aîné tout de même. Sae était heureuse de pouvoir l'appeler grand frère. Mais elle ne le faisait jamais en public, uniquement quand ils étaient seuls ; dans les autres cas, elle se contentait de son prénom. Quand elle se rendait dans la cuisine pour prendre son repas, elle le croisait parfois. Mais ils ne parlaient plus beaucoup non plus. Il grandissait, il commençait à avoir ses propres soucis. Et Sae ne désirait pas l'importuner plus que nécessaire. Alors la plupart du temps, elle prenait son dîner seule dans la cuisine, après avoir signalé au personnel qu'elle ne désirait pas que ceux-ci s'occupassent d'elle plus que nécessaire. Soulagés d'être débarrassés de ce poids, ils n'avaient pas protesté. Et Sae mangeait donc sans un bruit.
Sae ne se couchait jamais très tard. Quand la maison devenait totalement silencieuse, elle ne pouvait plus supporter ce manège, et préférait rejoindre son lit.

C'était curieux, pourtant. Quand elle observait son domicile de dehors, elle avait toujours l'impression que son foyer était vivant. Il y avait les éclats de rire des hommes de son père, les discussions quotidiennes de la famille, l'affairement des domestiques engagés pour tenir la maison. Tout indiquait qu'il s'agit d'une demeure chaleureuse, où il faisait bon vivre. Pourtant, ce n'était pas ce que ressentait Sae. Se tenant seule dans son coin, elle trouvait son abri froid et inhospitalier. Elle avait clairement la sensation d'être une étrangère. Une présence indésirable qui ne parviendrait jamais à s'y intégrer, peu importait ses efforts. Mais ce n'était pas si grave, au final. Sae n'était pas malheureuse, elle n'aimait simplement se trouver chez elle. Sa vie était à l'extérieur. Avec ces inconnus qui n'avaient aucune raison de passer du temps avec elle, mais qui désiraient sa présence et son sourire. C'était là que Sae s'épanouissait, là qu'elle se dévoilait. Cette famille qui était la sienne n'était, au fond, qu'un toit où dormir, fondamentalement étranger. Ses liens de sang n'était pas très forts. Elle n'avait aucune raison de s'attacher à eux.
Sae était destinée à mener une vie normale.


* * *


Sae s'efforçait d'être normale, et ce faisant, de ne pas parler de sa famille.
Toutefois, l'entreprise se révélait ardue. Il y avait toujours un moment où la conversation se bloquait, parce que Sae ne savait pas comment répondre à la question qu'on lui posait. Elle avait une certaine chance : Hasegawa était un nom relativement connu au Japon, et elle n'était pas la seule à porter ce patronyme dans son établissement scolaire ; toutefois, il arrivait parfois que l'on lui demandât à quoi ressemblait sa famille, car elle n'en parlait jamais. Bien sûr, ils ne savaient pas. Sae décrivait ses proches comme décrits jusqu'ici, en insistant essentiellement sur leur fortune et leur discrétion. Elle ne tenait pas vraiment à préciser que les Hasegawa étaient en réalité à la tête d'un clan affilié au Sumiyoshi-kai. Autrement dit, une famille yakuza. Elle n'en avait pas particulièrement honte, Sae ; c'était quelque chose de normal à ses yeux, rien d'infamant à avoir une telle origine. Cependant, elle avait conscience de n'en faire que partiellement partie. Et puis, parler des siens, cela revenait à parler des circonstances troubles de sa naissance.
Monsieur Hasegawa n'a jamais été un homme très constant. Si l'on s'intéressait au parent des élèves, on trouverait très certainement au moins une épouse dont la vertu serait discutable par sa faute. Du moment que ces égarements sont tus, cela ne pose problème à personne. En vérité, là où cela pose véritablement souci, c'est lorsqu'il reste une preuve matérielle - comme Sae. C'était une étrangère. Elle n'était là que pour une visite ; elle n'avait pas prévu de s'installer à vie dans un pays connu pour être xénophobe, et ne portant pas nécessairement une oreille très attentive aux questions de libération de la femme. La mère de Sae n'aurait jamais tenu dans cette ambiance. Elle avait très mal supporté les longs mois de grossesse, où elle n'avait pas pu sortir de la chambre - certes luxueuse - dans laquelle on l'avait confinée en attendant le terme, où elle n'avait même pas pu communiquer avec ses proches pour leur donner de ses nouvelles. Elle avait été cachée avec honte, jusqu'à ce que l'enfant naquît ; ensuite, celui-ci lui fit arraché sans qu'elle eût son mot à dire. Sae s'était souvent interrogée sur les souffrances de cette mère qu'elle n'avait jamais connu. Elle l'imaginait comme elle. Vivante à l'extérieur, mais réduite au silence au sein de la maison où elle n'avait pas sa place. Irrémédiablement vouée à la quitter quand elle parviendrait à se défaire des entraves qui la retenaient.
Sae se demandait toutefois si, ayant laissé sa fille là-bas, cette femme pouvait vraiment tourner la page.

Sae menait donc deux vies. Lorsqu'elle se rendait à l'école, puis à l'université - c'était au moins une qualité de Hasegawa père, il assumait ses responsabilités, et si sa bâtarde lui disait qu'elle voulait faire des études, il lui payait les frais d'inscription à l'université sans sourciller -, elle était un rayon de soleil. Elle était populaire, Sae. Elle se faisait très rapidement des amis, parce qu'elle était une fille simple qui parvenait à nouer la conversation assez facilement. On appréciait notamment sa simplicité, tant dans sa façon de s'exprimer que de se tenir ; Sae portait toujours des tenues sages, nouait ses cheveux sur la nuque en un chignon strict mais élégant, vernissait toujours ses ongles de teintes assez naturelles, dédaignant l'écarlate vif et vulgaire au profit d'un rose doux et romantique. Elle s'adaptait facilement, tout simplement. Tout, en elle, trahissait l'appartenance à une famille aisée ; mais son orgueil maîtrisé la rendait accessible.
Filles et garçons constituaient de façon indéterminée le contingent de ses amis. Peut-être certains portèrent une certaine attention à son égard, en particulier des individus du sexe masculin qui voyaient en elle une femme idéale - et ce, même si Sae n'a jamais prétendu qu'elle aspirait à n'être qu'une simple femme au foyer plus tard. Ils ne faisaient que plaquer leurs idéaux sur elle, confondant son apparence rangée et sa nature profonde. Sae n'était pas comme cela. Elle état dynamique, volontaire. Elle s'investissait dans de nombreux projets ; elle était le genre de fille à rejoindre plusieurs clubs à l'école et à s'efforcer d'assumer au mieux les différentes activités que ceux-ci proposaient. Ainsi étendit-elle son réseau d'amis, se constituant une seconde famille, qui était peut-être plus chère à ses yeux que ceux avec qui elle partageait des liens de sang.
Sae n'avait pas vraiment prévu qu'elle tomberait amoureuse. Cela lui tomba dessus un jour, sans qu'elle eut à y réfléchir. Elle devait passer, quelques jours plus tard, passer le concours d'admission à une université à laquelle elle ne postulait que dans le cas où son premier choix ne l'acceptait pas, et étudiait donc pendant de longues heures à la bibliothèque. Ce fut là qu'elle la vit pour la première fois. Elle ne vit d'abord qu'une longue chevelure noire - plus longue encore que la sienne, qui était pourtant réputée pour cela - qui tombait dans le dos d'une jeune fille, et dont les pointes effleuraient le haut de la jupe de son uniforme. Sae se surprit à la regarder un moment, attendant avec une curieuse impatience le moment où la jeune fille se retournerait, où elle pourrait apercevoir son visage. Pourquoi cela lui importait tant ? Elle ne la reverrait sans doute plus, très bientôt, le temps du lycée s'achevant. Mais Sae persévéra. Jusqu'à la fin, elle continua de tourner ses regards vers cette demoiselle qui ne semblait pas consciente de ses attentions. Avant de se dire que c'était sans doute fini, qu'elle ne la reverrait plus.
Elle retrouva la jeune fille le lendemain matin, celle-ci passant le même concours qu'elle. Un signe qui incita Sae à aller lui parler.


* * *



Sae savait ce que c'était que de voir quelqu'un essayer de résoudre ses problèmes.
Elle avait notamment eu l'occasion de rencontrer un certain Fumio, un jeune d'environ seize ou dix-sept ans, qui pour d'obscures raisons, avait décidé d'arrêter le lycée. Elle avait pu discuter avec lui - sans lui signaler la véritable identité de sa famille - pour écouter son témoignage. Et elle en avait conclu quelque chose. On pouvait se compromettre pour des choses futiles, non parce que l'on se trouvait dans le besoin, mais parce que l'on désirait prouver quelque chose à ses proches. Elle y voyait comme un avertissement. A trop chercher l'approbation de personnes qui ne se soucient pas de vous, à trop s'évertuer à s'affirmer dans la différence, on se condamne soi-même au malheur. Voilà la leçon que Sae en avait retenu. Il était inutile de ne pas suivre les directives des Hasegawa ; il valait mieux pour elle suivre le courant, car aborder seule le chemin de l'existence était trop difficile. Aucun être humain ne pouvait s'accomplir sans recevoir le soutien de quiconque. L'argent familial en faisait partie ; c'était déjà suffisant.

Elle ne fut donc pas vraiment étonnée quand les problèmes commencèrent à affluer. Sae avait l'habitude d'être spectatrice, et elle avait décelé les signes avant-coureurs bien avant tout le monde. Elle avait perçu cette tension dans le silence. Les épaules légèrement voûtées des hommes de son père ou le fait qu'elle n'entendait presque plus rien au dîner l'avait alertée de l'imminence d'un péril. Toutefois, elle s'était tue. On n'avait pas jugé bon de la tenir informée de la situation - et à raison, d'ailleurs -, elle n'avait donc pas à partager ses connaissances basées sur sa seule observation. Elle savait. C'était tout.
Sae passait de moins en moins de temps chez elle. Dès qu'elle le pouvait, elle allait dormir chez sa copine, qui disposait de son propre appartement, petit mais assez confortable pour deux, ou bien chez une amie lorsque ce n'était pas possible. Elle ne voulait pas voir ce qui se passait. Surtout pas dénombrer le nombre d'absents, qui s'élevait à une vitesse affolante. Les rangs se clairsemaient. Et, si la plupart de cette ville dormaient sur leurs deux oreilles, ceux qui avaient des liens avec les milieux illégaux ne se sentaient pas tranquille. Sae n'avait pas besoin qu'on le lui expliquât : il s'agissait tout simplement d'un règlement de compte. La famille Hasegawa avait été fragilisée par les agissements d'un gang qui s'était introduit sur leur territoire et avait commencé à le grignoter méthodiquement ; il s'était montré assez discret pour ne pas attirer trop l'attention, et n'avait pas l'air d'une réelle menace. Toutefois, ce gang était affilié à un clan ennemi, ce qui contribua à aggraver les quelques problèmes que le clan de Sae rencontrait déjà. La tension montait, et l'on recourrait désormais à la violence.
Qu'attendait-on d'elle, dans tout cela ? Elle n'était pas tout à fait du groupe ; elle ne pouvait rien faire, et ferait mieux de ne pas s'en mêler. Pourtant, il y avait une chose qui ne pouvait être démentie. Le sang qui coulait en elle était bien Hasegawa. Personne ne faisait rien pour elle, mais Sae comprenait qu'elle n'était pas en sécurité. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne devînt une cible potentielle. Sae n'était pas katagiri, elle ne pouvait même pas prétendre être protégée sous prétexte qu'elle n'était qu'une simple « civile » : c'était faux. Elle appartenait à ce milieu, que sa famille le veuille ou non. Elle était simplement isolée. Appartenant à un groupe sans y appartenir vraiment était une expérience amère.
Cela blessa Sae, plus qu'elle ne voulut l'avouer.

Sae prépara son départ. Elle n'avait au départ pas prévu de quitter son pays ; elle parlait un anglais plutôt moyen, relativement correct grammaticalement mais avec un accent assez prononcé, et n'avait pas de notions solides dans d'autres langues. Et puis, elle était en couple. Sae ne pouvait envisager une telle séparation. L'éloignement serait déjà difficile à supporter ; toutefois, elle gardait l'espoir que la situation serait temporaire. Qu'elle pourrait revenir quand les choses se seraient tassées, retrouver son existence en demi-teinte au sein de sa famille.
Cependant, à force de vivre seule, elle prit goût à ce mode de vie. Et commença à tourner un regard horrifié vers son existence passée. Se demandant comment elle avait pu supporter tout cela. Cette indifférence générale. Ce manque d'amour compensé par la reconnaissance d'une paternité, et un peu d'argent. Cette solitude forcée. Et surtout, le poids ridicule des traditions, qui l'avait empêchée de vivre pleinement. Qui avait rendu impossible une véritable complicité avec son demi-frère. Cela rendait Sae folle. De se rendre compte de tout ce qu'elle avait manqué, de tout ce qu'elle ne pourrait jamais refaire. Elle en finit par maudire ce monde-là, par rejeter en bloc tout ce qui, jusque là, avait eu de l'importance à ses yeux. Elle en vint à détester le Japon lui-même, et à ne désirer plus qu'une chose : le quitter définitivement. Sae en avait les moyens financiers. Il lui suffisait simplement de trouver le courage d'abandonner ce à quoi elle tenait encore. Celle avec qui elle avait pensé construire sa vie, malgré les difficultés imposées par la société. Jusque là, elle ne s'en serait jamais capable. Mais l'exaspération et la frustration étaient plus fortes que tout. Elle capitula.
Sae s'acheta un billet d'avion, et décida de s'envoyer loin, le plus loin possible de son univers.


* * *


Le Brésil n'était censé n'être qu'une étape dans le cheminement de Sae. Elle avait déjà parcouru l'Amérique du Nord et centrale pendant les mois précédents, sans avoir réellement besoin de travailler, mais s'arrêtant parfois pour prendre un job occasionnel, histoire de se faire un peu d'argent de poche ; elle comptait encore continuer, rejoindre le cône sud avant de prendre un avion pour s'envoler vers un autre continent. Ce n'était qu'un passage éclair, elle n'avait nulle raison de s'installer. Elle visitait. Sae était une touriste banale, à ceci près qu'elle voyageait seule - ce que l'on attendait pas forcément de la part de quelqu'un de son physique. Elle paraissait presque incongrue, en tenue de baroudeur, avec des baskets au pied ; ses manières trahissaient son passé. Elle n'en avait cure. Elle n'avait pas vraiment peur des autres ; il lui suffisait de les approcher, de leur parler avec délicatesse, en leur offrant ce qu'ils désiraient entendre, et elle trouvait son compte, la plupart du temps. Elle ne demandait qu'un peu de tranquillité, c'était assez facile à obtenir. Si elle avait exigé de plus complexe, cela aurait dépassé ses compétences. Sae avait la chance de ne pas exiger beaucoup, de se contenter du minimum vital.
On lui avait dit que ce désert était une petite merveille à voir. Cela attira la curiosité de Sae. Puisqu'elle voyageait, elle désirait voir du pays, abreuver ses yeux de visions magnifiques ; ce genre d'occasion ne se présentait qu'une seule fois au cours d'une vie. Sae était donc partie à l'aventure, avec un guide, en compagnie d'un groupe d'inconnus qui parlaient à peu près aussi bien anglais qu'elle. Elle avait suivi le groupe. Mais Sae était Sae, elle ne se sentait jamais vraiment à l'aise au sein d'un ensemble qui ne l'avait pas explicitement accepté ; et, comme c'était à attendre de sa part, elle finit par se désolidariser d'eux, pour observer les environs par elle-même. Elle aurait pu en mourir. Car elle ne retrouva jamais les traces de ce groupe, qui dut très certainement la considérée comme disparue. Hasegawa Sae disparut définitivement de la circulation à ce moment-là.

Les premières demeures (pittoresques) de São Poeira  furent ce qui sauva Sae. Elle passa plusieurs jours au sein du village avant de comprendre elle n'avait pas pris conscience de l'existence d'une telle localité dans les environs. On racontait bien des choses à son sujet. Que l'on ne pouvait plus en partir une fois que l'on avait inhalé le gaz qui s'échappait de la mine. Que des choses étranges s'y produisaient. Curieuse, mais peu crédule, Sae s'amusa d'abord de ses rumeurs. Alors elle prit le parti de prolonger un peu son séjour, et d'attendre. Attendre et observer. Comme elle l'avait toujours fait jusque là.
Sae n'est jamais partie. La ville a fait son effet sur elle. Le départ n'est plus une option.


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(#) Dim 27 Sep 2015 - 21:06
Bienvenue perv
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(#) Dim 27 Sep 2015 - 21:16
ooh c'est la première fois que je vois kiko sur un forum ! je trouve qu'elle va super bien avec cette idée de poupée de porcelaine pas si fragile que ça.
bienvenue en tout cas robert
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(#) Lun 28 Sep 2015 - 22:24
Merci Blue, Cosme. Je trouve dommage en effet qu'on ne la voit pas plus car elle dégage vraiment quelque chose. Adrien est un peu plus populaire mais c'est toujours un plaisir de le revoir ici aussi.
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(#) Lun 28 Sep 2015 - 23:15
bienvenue à São Poeira
la vie est finie, mais tu survis.


à nous deux.
alors là, il va falloir m'expliquer ce que c'est cette jolie fiche ? franchement, elle est douce et agréable à lire. je l'ai dévorée. j'aime beaucoup le caractère de sae, ça change des grands méchants loups qui se trouvent par ici. j'ai hâte de la voir évoluer parmi nous.
je te souhaite un bon jeu avec cette poupée.
bienvenue  
(et puis le code est bon, bien évidemment)

Il y a ce sourire, là, si grand, si laid, sur ses lèvres gercées par les morsures et le sang versé. Il t'observe, là, le torse ouvert, le coeur entre ses mains, maintenant. Plus rien ne t'appartient  ; tu es à lui tout entier, maintenant, qu'importe ce que tu choisis de faire. Ses ongles, si abîmés, s'enfoncent dans ton pauvre coeur et y glisse son venin. La malédiction est lancée ; te voilà captivé.

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(#) Mar 29 Sep 2015 - 10:42
Merci beaucoup, ça me touche énormément ce que tu dis en plus.
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