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et il ne faut pas que je sois petite ce matin - Dores

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(#) Ven 16 Mai 2014 - 17:22
dores freitas

âme égarée
Héritage Infortuné ♆ Freitas Appellation aux Origines Contrôlées ♆ Dores. C'était mieux avant ♆ vingt-trois ans Première Bouffée d'air ♆ São Poeira, mais Dores est sans anniversaire. Qui y a-t-il à fêter ? Papa et Maman ♆ Papa ? Maman ? Deux termes vides entre des lèvres usées par des appels sans réponse. Quelques années ont suffi à l'enfant solitaire pour comprendre que l'homme violent rentrant chaque soir n'était pas son père et que la femme au regard vide n'avait rien d'une mère. Dans mon lit ♆ Si tu es seul, si tu es perdu, si tu ne possèdes rien, il te reste du moins ton propre corps, et le droit de disposer de ta couche ? Oui, mais pas pour Dores. Dores, bénie de Lucifer qu'elle est, n'est qu'un talisman sacré pour le bon plaisir des habitants. Degré de solitude ♆ Rarement seule, et si seule, loin de l'objet de son affection. Tromper l'ennui ♆ Dores vent la malédiction de son corps, elle vous vend du repos, loin de vos propres malédictions. Prenez-là, jouissez, et vous serez libre l'espace d'un instant. Deux jours. Trois jours si les deux jouissent. Tombé dans le trou à rat ♆ Elle est là depuis toujours. La nouvelle famille ♆ Crapules.


au-delà des dunes
Joli prénom ♆ coline. Pseudo pas beau ♆ coline (l'originalité, c'est tellement over) Nombre d'hivers endurés ♆ Alors si je me trompe pas je crois que je n'ai enduré que vingt-et-un hivers mais que j'ai bien vingt-deux ans. Pointilleuuuse. Pierre précieuse préférée ♆ Rubis émeraude saphir diamant. (je vous ai dit que l'originalité c'était over les zigoti) Compagnie de voyage ♆ bazzart Mot doux ♆ alors c'est vraiment très beau, très puissant très effrayant. Je vais d'ailleurs vous dire un truc un peu plus loin. Degré d'addiction ♆ à deux doigts d'être envoyée en cure. Sésame ouvres-toi ♆ OK PAR SALE Tête de cochon ♆ eh oh c'est son nez qui vous pose problème ? ketty mittendorf. Remerciements ♆ (crédits des images) bannière de ademain sur tumblr, avatars de MORIARTY Mot d'amour en plus ♆ plein plein d'amour, et une remarque aussi : j'ai hésité beaucoup à tenter Dores (et j'ai craqué, c'était certain) parce qu'il est bien précisé qu'il faut un bon niveau. J'écris pas trop comme un chien, mais je suis un peu rouillée au rp et surtout aux personnages qui ne sont pas miens, donc la fiche est un test pour moi et pour vous. Pour moi parce que si je prends plus de deux semaines à la faire ça voudra dire que quelque chose cloche et je serais fixée, pour vous parce que vous lirez et vous verrez bien si Dores a décidé de m'habiter un peu ou pas assez. Donc voilà j'adorerai jouer Dores parmi vous, mais c'est une fiche, j'espère que ça va marcher, je suis pas certaine, merci d'avance  ange 
C’était au beau milieu de notre tragédie / Et pendant un long jour assise à son miroir / Elle peignait ses cheveux d’or Je croyais voir / Ses patientes mains calmer un incendie / C’était au beau milieu de notre tragédie ▲ ARAGON
risibles amours
Spoiler:
 
De nos jours, éteindre pour faire l’amour passe pour ridicule (…) À l’instant de pénétrer Sabina, il ferme pourtant les yeux. La volupté qui s’empare de lui exige l’obscurité. (…) Sabina ferme à son tour les yeux. Mais cette obscurité-ci ne signifie pas pour elle l’infini, seulement le désaccord avec ce qu’elle voit, la négation de ce qui est vu, le refus de voir*

Qu’y-a-t-il de plus laid que de faire l’amour, se demande Dores, allongée sur le lit qu’un inconnu vient de quitter. Qu’y-a-t-il de plus sale et de plus boueux que cette giclée poisseuse qui recouvre ses draps ? Des premiers effleurements jusqu’à la traînée blanche finale, le sexe n’est qu’un dégoût dont elle s’acquitte par.. Par quoi, au juste ? Par appât du gain ? Par nécessité des billets verts qui s’étalent dans son tiroir cabossé ? Par provocation ? Défi envers celui qui quelque part, regarde. Elle se croit invisible, elle sait qu’il la regarderait toujours s’il le pouvait. Le sexe n’est qu’un dégoût dont elle s’acquitte.. par habitude. Depuis que le hasard l’a condamnée à être la délivrance d’autrui, creusant plus profondément une douleur qu’elle croyait déjà insondable, Dores s’abandonne au sexe d’autrui, ne trouvant dans ses orgasmes irréguliers que l’expression amère et ironique de sa souffrance continuelle. Le corps légèrement basané par le printemps approchant s’étire dans le lit inconfortable. Sa main fine se glisse vers sa toison légère. Son sexe est encore humide du plaisir facile qu’un inconnu vient de lui donner. Elle ferme les yeux. Tente de dessiner le visage lointain de Primo. Comme dans un réflexe, ses doigts exercent une légère pression. Elle se cambre quelques instants. Son corps sait que le plaisir existe. Il y a eu cette nuit. Cette nuit où elle a brûlé de joie, avant de se consumer sous la détresse impuissante. Il y a ces corps de passage, qui parfois lui arrachent un sourire. Une grimace. Une mimique. Expressions minimes du seul plaisir qu’il lui reste.

Qu’y-a-t-il de plus beau que le sexe, se demande Dores, allongée sur le lit qu’un inconnu vient de quitter. Forme suprême de l’abandon, seul échappatoire à la vie qui se traîne d’un jour à l’autre sans apporter de surprises. L’instant d’un orgasme, le rire de Dores se fait entendre, ce rire étrange si accrocheur, fait de larmes d’enfants et de joies précipitées dans l’abîme. Le sourire de l’autre, de tous les autres, qu’elle délivre soudain du Mal. Elle est Dieu.

Le diable a fait d’elle un émissaire divin. Le Diable a vu l’Ange en elle et s’est joué d’elle. Elle est un Ange pour tous. Il n’y a plus que pour elle-même que la pureté et l’optimisme ont disparu. Elle donnerait tout, tout ce qu’elle a, pour être elle-même délivrée de sa malédiction. Mais que pourrait-elle donner, de toutes façons ? Dores n’a rien. Dores est un ange qui va nu-pieds, une fille paumée égarée sur le bord de la route. Dores a cru un jour qu’ouvrir son cœur à l’inconnu, à l’homme gigantesque qui se tenait à ses côtés, serait la voie du Salut. Que ce cœur enfermé sous la boue noire était destiné à revivre. La lumière qui soudain vacillait au cœur de ses prunelles est devenue pourtant si sombre. Les yeux de Dores, éteints si longtemps, brillent aujourd’hui d’une lueur infernale. Dores n’a connu la vie et l’amour que dans la douleur. Dores s’était enfermée en elle-même pour se protéger de cette douleur qu’elle lui savait pourtant destinée. Le diable l’a trompée. Il lui a offert cet amour profond, cet amour d’enfant, et le lui a repris. Dores pourtant aurait du se méfier. Tout le monde sait que cette fille s’appelle Douleur. Tout le monde sait que l’ange nus-pieds n’a rien à gagner rien à perdre. Tout le monde aurait pu deviner qu’un bonheur si soudain n’était qu’un piège de la vie. Tout le monde sauf Dores, qui a voulu y croire. Et qui aujourd’hui, voudrait ne plus croire en rien. Ne plus croire au sexe, ne plus croire à l’amour, ne plus croire à la vie.

Dores pourtant continue de vivre. D’abord parce que la mort, ce n’est pas pour elle. Son menton fier et ses pupilles assassines ne laisseront personne lui faire du mal. Pas même la vie. Elle sort les griffes face aux combats que le Diable lui impose, et tant pis si c’est une bataille perdue d’avance. Au moins c’est une bataille. Et Dores continue de vivre, peut-être aussi parce que caché au fond de son cœur, l’ange sait que la vie mérite d’être vécue. Peut-être.

*Kundera


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(#) Ven 16 Mai 2014 - 17:23
douleur dorée

l'étrange
Sans pouvoirs. Épargnée par le Diable. Les gens s'écroulaient autour d'elle comme des mouches, leurs yeux pleuraient des poussières nouvelles, certains dansaient dans la rue, devenus fous par les malédictions qu'ils prenaient pour des bénédictions. Dores les regardait, hébétée. Elle avait été épargnée. Pour la première fois de sa vie, elle avait été épargnée. Elle aurait pu danser, si son propre corps ne lui était pas tant étranger. Elle aurait pu danser, si la malédiction n'était pas tapie dans son corps, attendant le meilleur moment. Le pire. L'inimaginable. L'innommable. Une soirée entre parenthèses. Une joie parmi les éclairs. C'est ce qu'aurait du être l'instant où Primo et elle .. Primo et elle. Primo en elle. Le plaisir n'avait duré pas longtemps. Si vite, trop vite, la douleur était revenue. Primo qui sentait son pouvoir lui échapper. Dores qui le regardait hurler et souffrir. Dores qui souffrait de cette souffrance autre. Dores qui pour la première fois depuis longtemps, partageait le sentiment d'autrui. Et ce sentiment n'était qu'une douleur sans fond. Les larmes de Dores, refoulées si longtemps. Elle n'avait pas été épargnée. Le diable du fond de sa grotte avait permis à ses cuisses de délivrer n'importe qui de sa malédiction. Et Primo qui ne pouvait renoncer à sa bénédiction. Dores qui voyait lui échapper l'objet de tout son désir. Dores qui pourrait ouvrir les cuisses tant qu'elle voudrait, réjouir tant d'hommes, et ne jamais obtenir ce qu'elle souhaitait. Si blasée aujourd'hui, lorsqu'en échange de billets, elle fait disparaître dans l'orgasme, pour quelques jours, la malédiction d'inconnus.
(c) MORIARTY


São Poeira
Ceux qui n'ont jamais essayé de quitter la ville y ont tous au moins pensé. Au moins une fois. Tous, à un moment ou à un autre, se sont pris à rêver au monde extérieur. Tous sauf Dores. Enfant cachée dans un buisson, une fois, elle a imaginé à quoi ressemblerait une liberté loin de Sao Poeira. Mais il n'y a pas de liberté, et il n'y a pas d'autre monde. La ville est le foyer de sa propre douleur. La ville est toute entière la grotte du Diable qui les ronge toujours plus de l'intérieur et contre lequel ils ne luttent que comme des abeilles travailleuses. Sans but. Sans espoir de nouveauté. Mourir ou vivre, cela revient au même. Mais il faut vivre tout de même. Quelque chose lui intime de vivre malgré tout. Quelque chose d'enfoui. Enterré au fond d'elle. Réveillé parfois par un regard de Primo. Il faut vivre tout de même. Seulement il n'y a pas de vie hors de la ville. Il n'y a que la mort. Tout le monde le sait. Cette poussière, cette boue, c'est la seule vie que Dores connaît.
(c) MORIARTY

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir, Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. ▲ BAUDELAIRE
I.


Il est sept heures, Paris s’éveille. Un gamin trop sûr de lui fait grimper le son de ses enceintes. Il est midi, le bus de Dehli est noir de monde. Un type au visage dissimulé arrache le sac d’une femme en sari. Il est une heure du matin, São Peira est silencieuse. Devant le taudis menaçant de s’écrouler, deux hommes partagent une cigarette déjà moribonde. Le gamin parisien se déhanche sur du rock diabolique, jusqu’à ce que des coups de balais courroucés mettent fin à son plaisir. Plusieurs Indiens se sont retournés aux cris de la femme agressée et ont désarçonné le voleur ; il abandonne le sac dans un coin. Partout sur notre terre mondialisée, autrui fait face à autrui. Impossible de vivre en complète autarcie. On entend dire qu’il suffit de six personnes pour être connecté à n’importe quel âme vivante sur cette planète.

São Poeira. Des beuglements se font entendre, déchirant le silence vespéral, surgissant du taudis devant lequel sont installés les deux Brésiliens. Des cris plus aigus répondent aux beuglements. Les hurlements se succèdent, concert quotidien. Des accusations. Des protestations. Des onomatopées bestiales. Un bruit de vitre qui s’effondre. Le choc lourd d’une table renversée. Les deux Brésiliens peut-être haussent un sourcil. Aucune parole n’est échangée. Aucun regard. Aucun geste. L’un seulement tend à l’autre ce qu’il reste du mégot. Et dans la nuit noire, seule brille cette si fragile lumière rouge. Des pleurs. Des pleurs d’enfant soudain. Les glapissements d’une âme innocente. Les Brésiliens tressaillent, hésitent, et s’éloignent dans un même mouvement, quittent le perron du taudis détruit. Il est possible, dans un monde de silence et d’obscurité, de vivre en complète autarcie. Il est possible d’hurler, de casser, de pleurer, sans que rien ne vienne sauver celui qui hurle, celui qui casse, celui qui pleure.

Et demain il faudra se taire, il faudra réparer, et sécher les larmes. Un cycle de vie répétitif, que pourtant l’enfant n’a pas encore assimilé. Quelque chose en elle se refuse à croire qu’il s’agit là de la vie. La vie, ce n’est pas ça. L’enfant sait mieux que le vieux sage ce que doit être la vie. La vie doit être vécue. La vie doit aller de l’avant. Grandir. Apprendre. S’épanouir. L’enfant ne choisit pas ces mots là, ne formule pas ces idées là, mais sait pourtant combien la vie ne doit pas ressembler à cela. La vie n’est pas le specacle révoltant d’adultes qui se détruisent du mieux qu’ils peuvent. Et pour ne jamais l’oublier, l’enfant enferme au plus profond d’elle-même cette conviction naïve. L’enfant creuse un trou dans son cœur, et y enterre ses rêves et ses désirs. Ses images dorées de relations aimantes. Son idéal rosé d’amour véritable. Elle enterre ses rêves, noie ses larmes dans la boue du pays, sèche ses joues à la poussière du désert. Elle redresse son visage gris et terne vers ceux qui se détruisent. La mère, cassée, voûtée, repliée dans un coin, le visage tuméfié, pose un long regard vers le rejeton qui n’aurait jamais du voir le jour. Elle comprend que quelque chose a changé. Que l’enfant ne pleurera plus. Se sent-elle coupable de quoi que ce soit ? Qui cherche-t-elle à excuser ? Elle balbutie, sans savoir à qui elle s’adresse véritablement : « C’est l’alcool qui parle. Ce n’est pas… C’est… - L’alcool. » complète l’enfant, qui articule alors son premier mot depuis plusieurs jours. Parole sévère, constatation amère que l’innocence est passée. Mais la mère déjà a détourné le regard. L’enfance est un couteau planté dans la gorge. « Tu sais tu aurais du.. »

Être un garçon. Dores sait. Dores n’est qu’une douleur. La mère ne finit pas sa phrase. Pour ne pas offenser l’âme innocente à ses côtés ? Certainement pas. Parce que les médicaments ingurgités font soudain leur effet et elle s’effondre sur le canapé. Dores pose son regard sur le chiffon amorphe qu’elle n’appelle plus maman depuis longtemps. Qu’elle n’appelle tout simplement plus. Le père a remis la table sur pieds et s’est servi un autre verre. Son regard brouillé ne voit ni sa femme ni sa fille. Sait-il même qu’il a une fille ? On leur avait promis un garçon. Garçon non désiré, mais au moins il aurait donné un coup de main. Il n’aurait pas pleuré. C’est ce qu’il se dit, le père, quand il remarque la tête brune derrière lui. Mais le père se trompe. Le garçon aurait pleuré, lui aussi. Le garçon aurait été enfant lui aussi. Et n’aurait pu aider. Car que peut-on aider face à l’auto-destruction ? Dores n’est que la cicatrice constante d’une douleur toujours à vif. Mais elle, elle ne souffrira plus. Rien ne l’oblige à partager la douleur de ses parents. Elle part cette nuit là, se cache dans l’humidité d’un buisson. Chope un tas de maladies qu’elle devra guérir par elle-même. Mais loin des beuglements, loin de la douleur, loin des déceptions, Dores respire le goût de la liberté. Un jour elle partira. Loin. Dans un pays sans désert triste, sans boue suffocante et sans taudis violents. Cela existe-t-il même ? Peut-être pas. Elle enfouit avec ses rêves ébréchés cette utopie de liberté. Un tel pays n’existe pas. Dans le noir profond, ses pieds prennent le chemin de la maison. Elle rejoint son lit minuscule et s’y endort promptement. Sachant que demain ne sera pas un jour nouveau.

II.




    - Dores sale mioche ! C’est toi qui m’a raflé mes billets hier !
    - Tu vas pas bien non ? Pour en faire quoi ? Payer un collier à ma mère ?
    - Qu’est-ce que j’en sais pour en faire quoi ! J’t’ai filé un tuyau deux secondes, et c’est après ça que je trouvais plus mon fric !
    - Bah voyons. Tout le monde sait bien que Dores a besoin de billets verts pour se payer à manger. Tu crois que je suis pas capable de prendre soin de moi ?
    - Me parle pas sur ce ton gamine !


Le coup est parti si vite. Le coup qui déclenche en général les aveux et les larmes. La silhouette fragile s’écrase à terre. L’homme regarde autour de lui, déboussolé un bref instant. Est-ce que quelqu’un va lui reprocher son action ? Personne n’est là. Et certainement elle va pleurer. Et parler.


    - Alors, tu fais moins la maligne ?


Dores se redresse, se retient de porter la main à son visage. Elle sait depuis longtemps que constater que le sang coule ne sert à rien. Le goût de fer dans sa bouche lui suffit. Elle darde ses pupilles noires vers l’accusateur. Pas une larme ne vient brouiller sa fureur. Les coups ne lui font plus rien. Ils ne sont qu’une adrénaline parmi d’autres. Si petite. Si fragile. Ses mains si fines accrochent le col du gros plein de soupe, trop étonné pour réagir.


    - Je n’ai pas pris tes précieux petits billets verts. Dores prend soin d’elle-même. Et tu peux taper tant que tu veux, ça ne changera rien. Tu ne peux pas me faire mal. Personne ne peut me faire mal. Moi je peux en revanche.


Elle enfonce ses ongles noirs dans le cou de l’accusateur, qui la repousse violemment. Une goutte de sang perle sous son menton. Dores elle se tient droite.


    - Tu ne peux pas me faire mal. Tu ne comprends pas ? Tu ne peux rien contre moi. Personne. Je regrette de ne pas t’avoir détroussé tiens, tu t’acharnerais sur moi sans succès. Et je jubilerais. Mais je n’ai rien volé. Je n’ai pas besoin de toi. Tu n’es rien.


Une claque de nouveau, et il s'enfuit.. Dores tressaille, recule de quelques pas, se laisse tomber dans la poussière. Elle glisse la main dans la poche de sa robe et y serre la liasse de billets. Elle va pouvoir s’acheter un nouveau stock de bougies.

Imperceptiblement, elle vient frôler tout de même sa joue douloureuse. Elle sourit. Depuis la mort du père, les coups qui pleuvent sur elle sont si légers. Si rares. Des rappels de sa liberté nouvelle. Rien de plus. Une main tendue soudain devant elle. Elle tend la sienne, pleine de billets. Rapidement, elle se rétracte et glisse de nouveau les billets dans sa poche. Mais l’œil de Primo est vif. « Dores. » Son ton est tranchant. Lourd. Violent. Elle a fichu le bordel hier soir au combat de chiens. Le gros plein de soupe n’est pas le seul qu’elle a volé. Primo réalise. Elle voit la veine contre sa tempe s’agiter soudain. Elle ferme les poings, soutient son regard. Qu’il gueule autant qu’il veule. Cet argent est le sien maintenant. Et rien, rien, ne peut lui faire mal. Elle est prête à riposter. Mais il ne gueule pas. Ses yeux se font limpides soudain. Curieux. Il hausse un sourcil. Il tourne les talons. Il n’essaye pas de lui faire mal. Elle ne riposte pas. Neutralité exceptionnelle. Dans le ciel noir, une éclaircie soudain.

III.


« Dores, Dores, Dores ! Tu es magique ! » La magicienne sourit faiblement. La jeune femme en face d’elle lui ressemble comme deux gouttes d’eau. En plus blanche. En plus propre. Avec un drôle d’accent. Une fille comme celle-ci pouvait-elle vraiment souffrir ? Dores ne demande pas, ne demande plus. La fille blanche et propre semble libérée d’un poids ancestral. « Dores je peux parler ! » Dores rit. Un rire grêlé, un rire de vieille folle, un rire usé d’être si peu utilisé. Mais Dores n’avait même pas remarqué que l’étrangère ne lui avait pas parlé. Alors c’est ça qu’elle est en train de devenir ? C’est ça qu’elle est devenue ? Un objet qui ne remarque même plus si les gens lui adressent ou non la parole ? L’étrangère a débarqué une heure plus tôt, brandissant un bout de papier auquel Dores n’a pas prêté attention. Elle a tendu la main, récolté l’argent, et ouvert les cuisses de la jeune oie blanche, dont le visage a rougi. Et désormais, l’inconnue ne cesse plus de déblatérer. Que trouve-t-elle de si intéressant dans les paroles qu’elle déverse ? « Dores, tu sais que c’était la première fois que j’étais avec une fille ? » « Non, mais j’ai compris » réplique Dores, qui s’amuse tout de même de la vivacité de cette fille miroir qui lui ressemble tellement et si peu. « Mais si, je te l’avais écrit ! » Et la blanche femme de brandir de nouveau le papier abandonné sur la table de nuit. Dores détourne le regard. « Quoi, j’ai fait une faute ? Je suis Anglaise ». Dores ne répond pas. « Allez quoi dis moi. Tu me comprends tout de même ? Ou j’ai un accent trop terrible ? » Le rire cristallin de la touriste. Le visage fermé de Dores. « Lis moi ce que j’ai écris, toi, que j’apprenne à prononcer ». La touriste qui croit voir une amie dans la fille de son âge. Dores qui ne voit plus qu’une importune, et qui envoie valser d’un mouvement violent le bout de papier.

La cruche n’est pas si cruche qu’elle n’en a l’air. Ses yeux bleus passent du papier volant à Dores, de Dores au papier violent. Son rire cristallin résonne encore dans les rideaux, mais c’est soudain très bas qu’elle murmure sa question, comme révélant un secret honteux : « Dores ? Tu… tu sais lire n’est-ce pas ? » Satanés touristes, qui ne comprennent rien. Jamais. Qui croient que Dores devrait parler une autre langue. Pouvoir lire et écrire. Sourire au lieu de montrer les dents qui plus est ? « Pourquoi est-ce que tu veux que je sache lire », siffle-t-elle. Et l’étrangère, comme toute touriste cultivée, en a le souffle coupé. « Parce que… parce que ça te permettrait de lire des livres ! De t’évader de ce monde de fous ! » Cons de touristes, qui ne comprennent rien de rien. Quel monde de fous ? São Poeira est le monde, le pays dont elle connaît les règles et les astuces. Le pays où elle traîne sa carcasse souple depuis vingt-trois ans. De quoi voudrait-elle s’évader ? Vers quoi ? Elle ne se pose même pas la question. Elle n’y pense pas. Elle ne voit que le visage flamboyant de la touriste blanche, qui ne comprend rien à rien. Et dans les yeux clairs, elle perçoit le dédain. Cette fille qui a son âge, cette fille pour qui elle était une magicienne, qui la regarde soudain avec la pitié qu’on a pour les chiens galeux. Cette sœur lointaine qui lui adresse toute la pitié dont son cœur propre est capable. « Ca te sert à quoi, de t’évader ? Tu ne peux même pas parler sans moi. Je préfère encore parler que lire. » Elle lui tourne le dos. L’inconnue reste là quelques instants, hésitante, puis s’en va doucement.

Dores reste là. Un long instant. Les minutes défilent. Les heures. Le soleil se couche bientôt, la lumière est faible. Sa main fine, si fine, vient ramasser le morceau de papier. De son index, elle retrace les lettres dessinées à l’encre bleue. Un ange passe. Des images dorées s’agitent en elle. Un rêve rosé de liberté. Qu’y a-t-il dans les livres ? Qu’y a-t-il derrière les yeux clairs de la touriste ? D’où vient-elle ?

Dores chasse ses pensées troubles d’un geste de la main, comme elle chasse les insectes des marécages. Elle se couche dans son lit froid et petit. Dans le noir, elle darde ses prunelles sombres vers la seule évasion qu’elle souhaite. Vers celui qui quelque part la regarde s’endormir. Vers celui pour qui elle serait prête à rêver de nouveau. S’il ne l’avait pas abandonnée. Morose, elle se glisse dans son lit minuscule et s’y endort promptement. Sachant que demain ne sera pas un jour nouveau. Rien ne change, rien ne se transforme. Les rêves dorées de Dores s’enfuient dans la boue.





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(#) Ven 16 Mai 2014 - 18:58
oh dores
ça fait plaisir de la voir tenter, franchement y'a tellement de truc à faire avec cette petite perv
j'espère en tous cas que tu finiras ta fiche, car le début colle parfaitement bien au personnage je trouve   
bienvenue ici   
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(#) Ven 16 Mai 2014 - 21:32
dores est tellement intéressante (et bandante. ce visage. ce visage. dieu. on lui en ferait des choses oui hein. bref.)
je suis inspirée pour l'instant *-*

merci beaucoup !
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(#) Ven 16 Mai 2014 - 22:53
Choix de scénario over-parfait :perv:Et cette fiche quoi

Bienvenue sur FV
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(#) Ven 16 Mai 2014 - 22:56
Oui alors je sais pas très bien ce qu'il m'arrive, les mots coulent coulent coulent, et j'aurais fini bien plus tôt que prévu si j'ai pas déjà fini : ) merci en tous cas, surtout que j'ai croisé Nela dans les pvs, et c'est pas n'importe qui non plus (aa)
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(#) Sam 17 Mai 2014 - 0:40
bienvenue à toi, bonne chance pour ta fiche, j'ai hâte de lire ça !
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(#) Sam 17 Mai 2014 - 0:42
merci & merci & merci !
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(#) Sam 17 Mai 2014 - 13:23
BIENVENUE
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(#) Sam 17 Mai 2014 - 13:37
Bienvenue
Et en plus, une citation de Antigone dans le titre, tout pour plaire   
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(#) Sam 17 Mai 2014 - 13:39
merci beaucoup vous deux ! Anouilh m'a laissé un souvenir trop impérissable pour que je ne le mentionne pas de temps a autres, bien vu ;)
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♆ MALÉDICTIONS LANCÉES : 464
♆ PSEUDO : AMIANTE.
♆ AVATAR : CILLIAN MURPHY.
♆ ALIGNEMENT MORAL : CHAOTIQUE BON
♆ PERDITION : FABRICATION DE SOUVENIRS.
♆ ENNUI TROMPÉ : FIGURE PATERNELLE DES ENFANTS VOLEURS. SAINT PATRON DES ORPHELINS. LES BONNES INTENTIONS SE SONT ÉRODÉES AVEC LA POUSSIÈRE. IL LEUR A TOUT APPRIS, LES DOIGTS MAGIQUES POUR DÉTROUSSER SANS SE FAIRE ATTRAPER, LA SOLIDARITÉ DANS LE BUTIN QU’ILS PARTAGENT ET MÊME LES VICES AU CREUX DES DRAPS.

(#) Sam 17 Mai 2014 - 17:39
MON BÉBÉ DORES D'AMOUR :han:
très très bon choix de PV
j'adore ce que t'as écrit
bienvenue ma jolie perv

♆♆♆♆♆♆ ♆♆♆♆♆♆ ♆♆♆♆♆♆


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(#) Sam 17 Mai 2014 - 17:44
Ah mais oui, c'est toi le Adolf qu'il faut contacter en cas de je sais plus quoi, nicetomeetyou ! merci à ta fertile imagination aussi donc si j'ai bien suivi  Hope 
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(#) Sam 17 Mai 2014 - 17:56
bienvenue à São Poeira
la vie est finie, mais tu survis.


cette fiche j'adore tes mots et la manière dont tu as écrit l'histoire. je sais pas pourquoi, mais ça lui donne un côté humain, un peu. ça la rend plus jolie, à mes yeux elle est parfaite et t'as eu peur pour rien, parce que tu l'as parfaitement bien compris. le personnage est à toi, mon chat perv

Il y a ce sourire, là, si grand, si laid, sur ses lèvres gercées par les morsures et le sang versé. Il t'observe, là, le torse ouvert, le coeur entre ses mains, maintenant. Plus rien ne t'appartient ; tu es à lui tout entier, maintenant, qu'importe ce que tu choisis de faire. Ses ongles, si abîmés, s'enfoncent dans ton pauvre coeur et y glisse son venin. La malédiction est lancée ; te voilà captivé.

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(#) Sam 17 Mai 2014 - 17:58
le gif d'accueil est monstrueux   merci énormément de cette archi sympathique validation de mon humaine, donc, et à bientôt en enfer.
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» Faut bien trouver une occupation... [ PV : Patte d'Hiver ]
» Il ne faut pas boire de sang.
» Il faut vivre.
» La curiosité est un vilain défaut ! [Livre 1 - Terminé]

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