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À Saint-Pétersbourg, on a perdu la guerre. Pas celle des canons, mais celle des idées.

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(#) Lun 7 Avr 2014 - 19:13
Sinéad Sokolov

âme égarée
Héritage Infortuné ♆ La Russie coule dans tes veines et c’est écrit sur le papier. Sokolov : tu idolâtres tout autant que tu abhorres ce nom pour ce qu’il est, ce qu’il représente, ce dont il est porteur. Tu t’en fous un peu aussi. Parfois, ça te rappelle papa et maman, quand tu les as oubliés trop longtemps et à ton bonheur mélancolique tu mêles des larmes que tu ne comprends pas toi-même. Tu revois les murs gris de Saint-Pétersbourg et la fuite et les heures dans le froid et cette constante envie de vomir, et maman qui hurle et maman qui a mal quand papa disparaît. Et tes pieds nus dans la poussière des Amériques et cette solitude malsaine le jour où maman fait le choix de ne pas se réveiller. Le long voyage et tes mains dans tes poches trouées et ta déchéance de môme orpheline. Au fond, ton nom de famille n’est qu’un fardeau qui tend à te rappeler la Russie et putain que la Russie te manque quand tu ne l’oublies pas. Appellation aux Origines Contrôlées ♆ Ils t'appellent Sinéad s'ils te connaissent un peu. Ceux qui viennent du profond de ta vie se partagent tout un élégant tas de noms étranges qui te conviennent plus ou moins. Marie-Jeanne, parce que la fumée entre tes doigts n'est pas toujours celle d'une cigarette mais aussi l'entre-deux parce que ton crâne rasé correspond assez peu avec l'idée qu'ils peuvent se faire d'une femme (et à celui-là, ceux d'une sagesse infinie se sont plu à ajouter la gouine, ce que tu mets dans un coin de ta conscience avec un sang-froid improbable). Gamine et Peter, bien sûr, pour Peter Pan et puis tous les autres qui s'entrechoquent dans ta tête : Bérenger, Antigone, Caligula, Monsieur Henri. Ils peuvent faire leur choix, tu n'en as rien à foutre. Tout à la fin, il y a les autres, ceux qui ne te connaissent pas. Eux, ils ne t'appellent pas et ne veulent pas t'appeler et c'est très bien comme ça. C'était mieux avant ♆ Ton dos ploie sous le poids des vingt-six années de souffrance qui te courbent, qui font vieillir ta peau, qui rident tes mains et cernent ton visage. Ton corps a vingt-six ans quand ton âme en a huit, huit ans tout au plus. Ta tête va bien mal avec le reste de ce que tu es, mais tu t'y fais. Ce n'est pas si dure que cela, d'éviter les miroirs. Première Bouffée d'air ♆ Tes premiers pleurs, tes premiers rires, tu les as vécus en URSS, à cette époque où papa et maman savaient encore sourire. En fin d'une soirée de mi-juillet, en 1988, tu perces le voile fin qui sépare ton néant de la vie, et c'est l'odeur de maman que tu respires en tout premier, et ces bras aimants qui t'abandonneront quelques années plus tard. Papa et Maman ♆ Tu ne viens de nulle part et de partout tout en même temps. Tu viens d’une Russie rouge que tu n’a presque pas connue mais que papa et maman t’ont racontée avec ferveur. Elle te manque, ta Russie. Il y a l’Irlande aussi cachée dans le creux de ton prénom et que te rappelaient les cheveux roux de maman, cette terre d’Avalon sur laquelle tu n’as jamais posé les yeux. Et la France, enfin, dont tu parles la langue et où est né papa, dont la culture te dévore de jour en jour et tu te laisses faire parce que rien n’est meilleur et tu la manges aussi et la France vit en toi autant que toi tu vis en elle. Dans mon lit ♆ Tu aimes le monde entier à moins que tu n’aimes personne. Les corps des autres te dégoutent mais si peu, au fond, à côté de ce que tu ressens vis-à-vis du tien. Tu admires le monde entier puis la peur prend le dessus. Les autres te terrorisent, te massacrent les tempes à faire crisser ton crâne. Alors tu fuis, tu fuis le plus loin possible et tu es rassurée de voir qu’ils n’essayent pas de te suivre et tu es seule sur le pavé pour forniquer avec tes ombres. Dieu sait qu’elles n’hésitent pas. Tu n’aimes pas les hommes ou les femmes mais les sensations qu’ils sont capables de t’apporter.  Degré de solitude ♆ Tu es mariée à tes cauchemars, à tes phobies, à la jeunesse et à Peter Pan. Aux personnages que tu connus entre des pages sentait le vieux, que tu jouas dans des ruelles sentant le sale. Ces personnages poussiéreux qui dépérissent en même temps que toi, qui te tordent le ventre, qui caressent ta peau et qui t’ouvrent la bouche et te ferment les yeux. Tromper l'ennui ♆ Quand tu t’ennuies un peu sur le matelas crevé qui habite le sol de la chambre miteuse dans laquelle tu te caches, tu as cette drôle de tendance à prendre un sac sur ton dos et à sortir. Tu sors dans les rues crasseuses avec sous le bras droit une table bancale qui à peu près se plie et sous le gauche ce qui aujourd’hui encore s’apparente à une machine à écrire. Et en chantant tout bas quelques chansons françaises, tu marches dans les rues et tu cherches le lieu parfait de la journée pour y déposer ton bordel ambulant avant de matérialiser ton rêve. La table et dessus la machine à écrire. Une coupelle pour ceux qui ont de quoi t’offrir quelque chose. Et tu leur vends, à tous ceux qui passent, de la poésie, en prose, en vers. Des bouts de papier qui font chanter les mots comme ils chantent dans ta tête ; qui font vibrer tes os et qui remuent tes organes, et tu leur offres et tu les poses à leurs pieds en les implorant d’accepter ce que tes tripes veulent leur dire. Tu es poète de rue. Tombé dans le trou à rat ♆ Tu as vécu dans la poussière plus de la moitié de ta vie. Quatorze ans maintenant que la poussière s'incruste dans ta peau, qu'elle efface ton visage et qu'elle ronge tes doigts. Tu n'es plus juste toi, tu es aussi un peu les autres et beaucoup la poussière. Tu es sale et crasseuse mais te laves de tes rêves. La poésie sauve ton âme. Tu as vendu ton âme au diable pour la sauver un peu de ce que ce monde dégueulasse aurait bien pu en faire. La nouvelle famille ♆ Ils t'ont abandonnée, tous et t'es plus rien qu'une ombre sale sur les murs de pierre qui t'entourent chaque jour. T'aurais pu être aventurière et ils auraient parlé de toi, le soir, à la chaleur d'un feu de camp, s'ils avaient seulement remarqué ton existence. Ta solitude n'a d'égale que ton oubli de tout ce qui t'entoure. Ils ne se souviennent pas de toi tout autant que tu les oublies. Tu erres dans cette ville, tu erres dans les rues, tu erres dans tes rêves, tu n'es qu'une âme errante.

 

au-delà des dunes
Joli prénom ♆ Eve.  Pseudo pas beau ♆ Oscar. Nombre d'hivers endurés ♆ 17. Pierre précieuse préférée ♆ Charbon.  Compagnie de voyage ♆ Mel, pour changer un peu. Mot doux ♆ Pimpant. Degré d'addiction ♆ De temps en temps, au mieux. Sésame ouvres-toi ♆ OK PAR ANATOL Tête de cochon ♆ Ehren Dorsey. Remerciements ♆ .reed et divers. Mot d'amour en plus ♆ Que ma volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
L'action du théâtre comme celle de la peste est bienfaisante, car poussant les hommes à se voir tels qu'ils sont, elle fait tomber le masque, elle découvre le mensonge, la veulerie, la bassesse, la tartufferie. ▲ ARTAUD
L'amourheureuse

Je chante encore les invisibles quand ma passion est mise à nue. Je chante encore les invincibles au détour d’une lumière perdue.


Que l’homme soit en toi ou que tu sois en l’homme, l’image est la même. Il faut se faire pardonner par celui qui est déjà mort. Et quoi de mieux pour cela que de le faire revivre ? Les tripes à ressortir pour les montrer au peuple assis, au peuple à tes pieds. Qu’ils sont beaux, ces gamins ébahis, dans l’ombre de ton art. Et ta fierté à les voir si beaux. C’est peut-être grâce à toi ou à tes autres toi. Mais après tout, ici, vous n’êtes qu’un. Vous êtes tous des morts : de ces pantins sans fil qui se contrôlent eux-mêmes. Tu veux rire et puis sourire et puis pleurer d’un coup. Offre de tes organes. Les boyaux en bandoulière, les poumons au bord des lèvres, le cœur dans les mains des enfants. C’est trop tard pour arrêter comme c’est trop tôt pour un dernier souffle : c’est l’heure de vivre. J’offre à mes bras ce frisson trop connu d’un souvenir nouveau. Tu es grand en moi, caractère insensé de quelque instant seulement. Je me recroqueville pour te laisser passer : prends la place qu’il te faut. Tu es le maître du moment ; tu es le dieu fou du lieu. C’est pour toi que nous sommes là. Comme de nouvelles obsèques mieux réussies que les précédentes. Je t’offre le repos éternel : tu vivras éternellement en moi désormais. Quand je parlerai de toi, ce sera comme d’un ami trop vite parti, d’un homme disparu mais toujours joliment en vie sous ma peau. Je t’offre avec grâce mon moi comme logis. A l’intérieur, d’autres déjà-morts t’attendent, impatients de découvrir leur nouveau camarade, un autre compagnon. Vous marcherez ensemble au rythme de mes pas : nous marcherons ensemble. Viens, approche, n’aie pas peur. Viens, je suis toi et tu es moi et nous sommes un et nous sommes aussi les autres ; ces autres qui sont nous. Prends ma main. On se donne au public quand le rideau retombe. Tu as vécu pour moi, merci.


Je danse encore les incompris quand mon silence est dépouillé. Je danse encore les mal finis au détour d’une vie rallumée.

C’était une belle représentation.


Tu ne dors pas vraiment, toi, la nuit. Les autres, ils s'en rendent compte, ils le disent tout haut quand ils te croisent dans les rues dépouillées, aussi bien dépouillées que toi : Sinéad, elle a de drôles de foutues cernes, et toi tu ne les écoutes pas parce que leurs propos manquent d'une délicatesse certaine, celle qui te fait sourire. Tu fais comme si tout allait bien, mais le sourire à tes lèvres n'est que le reflet de ce qui se brouille dans le dedans. Ce n'est pas vraiment que tu vas mal, non. C'est juste que tu ne vas pas très bien. Parfois, tes yeux ont cette idée assez ridicule que de pleurer tout seul quand personne ne leur a rien demandé, et tu mets cela de côté, et tu persistes à tenter de te convaincre de ton équilibre personnel. Ceux d'en dedans t'aident à tenir le coup, bien sûr. Ces jours où tu te sens si mal que ça en est difficilement supportable, tu leur laisses le devant de la scène et tu t'effaces avec talent devant leur élégance subtile. Un talent d'artiste. Ils savent si bien vivre, eux, que de les pousser à rester cachés relèverait d'un sacrilège que tu ne serais capable de cautionner. Ils sont si beaux, ces enfants fous, qu'à te substituer à eux, tu as presque réussi, dans de rares élans de folie, à te convaincre que tu pouvais l'être toi aussi. Amusante constatation lorsque l'on met cela en parallèle avec les moments où ton corps ne te donne rien d'autre que l'envie de régurgiter ton âme. Ton âme, parlons-en. Quand, les yeux fermés, tu tentes de te la représenter, tu ne vois qu'une sorte d'entité un peu terne, tordue, pleine de croûtes. Heureusement, leur âme, aux autres en ton sein, est assez belle pour compenser ce qu'il y a d'hideux en la tienne. Heureusement oui, il te faut au moins ça pour ne pas dépérir. Mais tu t'accroches à des résidus de rêve dans lesquels tu plonges les yeux grands ouverts, avec une délectation que toi seule peux comprendre. Tu es douée, pour cela : comprendre ce que les autres ne peuvent pas même concevoir quant à ce qui te concerne. Un putain de talent de travailleur acharné.
 

 
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(#) Lun 7 Avr 2014 - 19:13
la crasse autour des yeux.

l'étrange
Tu ne t'en rends pas vraiment compte mais depuis que tu es arrivée ici, ta tête commence à capoter. Tu vis dans un étrange brouillard constant qui envoute tes sens. Le bleu est toujours tendrement bleu, bien sûr, mais le flou collé à tes yeux lui offre des teintes jaunes ou vertes. Tes yeux et ton cerveau t'ont surement un peu trahie mais ce n'est pas plus mal, tu sais ? Tu verras, quand tu en prendras conscience - un jour, je te jure - tu les remercieras et tu comprendras que sans ça, tu n'aurais pas tenu si longtemps. Ça te ronge les os et ça te cloue sur place et tu calancheras jeune, sûrement, mais au fond, ce brouillard sur la ville ressemble à s'y méprendre à un rail de coke qui n'en finirait pas alors comment s'en plaindre ? Tu prends avec délectation ce répit que l'on t'offre et qui correspond si peu à ton comportement de gosse. Mais qu'en as-tu à foutre ? Qu'est-ce qu'on s'en branle, de la mort, si on a eu le temps de tout vivre ?  Et pour vivre tout ce que tu veux vivre il te suffit de fermer les yeux. Et depuis que le diable t'a prise, violemment et par derrière, même lorsque tu dors, tu continues à vivre. Tu savoures et tout en même temps tu exècres. Toi qui rêvais éveillée, maintenant tu vis endormie. Il suffit d'une pensée, d'une image juste avant de t'endormir et celle-ci t'enveloppe et tu te noies en elle et tes rêves s'en remplissent, totalement. Et des nuits de terreur succèdent à des nuits de bonheur, et parfois quand tu te lèves, tu ne sais plus du coup si tu as rêvé ou vécu et tu t'en gausses parce qu'au fond, tes rêves ne sont qu'une sombre continuité de tes jours. Et plus le temps passe, plus le brouillard te fait du mal - du bien ?- et la frontière entre rêve et réalité devient de plus en plus fissurée, friable. Si certains ont pu croire un temps que tu contrôlais tes rêves, ce sont en fait tes rêves qui te contrôlent.
(c) MORIARTY


São Poeira
São Poeira, c’est un mélange de malédiction et de rédemption, pour toi, gamine. C’est ce qui t’a tué et qui, tout en même temps, t’a permis de garder les pieds sur terre. C’est comme la terre promise des Sokolov, ce village merdique du fond des Amériques. C’était le but de tes parents, quand vous avez fui la Russie, lorsque l’URSS a chuté. Un patelin paumé dont les gens ne reviennent pas. C’était parfait pour une famille recherchée par le gouvernement. C’était exactement ce qu’il vous fallait. Et puis papa est parti et maman aussi, avant que vous n’atteigniez ce petit bout du monde. Alors toi, tu as continué ta route, en n’espérant rien d’autre que d’y arriver pour pouvoir y mourir en paix et rejoindre tes vieux. T’étais prête à devenir l’ombre de ton ombre, mais il y a ce truc, là, qui t’as tiré des ténèbres. Concrètement, ça t’y a juste parfaitement plongé. Le diable en personne, qu’ils disent. Mais pour toi, ça a été un sauvetage complet. Tu as posé le pied là-bas et tu as senti cette étrange entité s’insinuer en toi, te dévorer, te bouffer d’en dedans en te laissant intacte d’apparence. Tu as souri en versant une larme et à ton immobilité, tu as offert de ces affreux tremblements. Tu ne savais pas encore si tu allais trouver un endroit où dormir, de quoi manger, mais déjà tu savais que tu serais en vie dans les jours à venir. À cette époque de ta vie, tu n’avais pas encore beaucoup fumé, mais tu savais déjà que c’était tellement mieux. Et puis les rêves sont arrivés, et tu as réussi à te persuader que tu étais presque heureuse. Alors forcément, le reste à un peu capoté. Dans ta tête, ça s’est désagrégé de jour en jour. Tu es toujours pas trop laide à voir, mais putain ce que ton esprit est laid. N’importe où autre part que dans cette ville, tu finirais internée en cellule psychologique. Mais tu es ici et ça te va. Tu n’as plus de caractère propre, tu n’es jamais réellement toi-même, mais chaque matin tu te lèves, et chaque jour tu arrives à afficher un sourire sur tes lèvres tordues alors ouais, forcément, São Poeira, tu l’aimes un peu comme une deuxième mère, qui a remplacé la première et le diable, c’est ton deuxième papa et tous deux, ils sont toujours présents pour toi, pour te faire mettre un pied devant l’autre. C’est cette adoption maléfique qui te fait mettre un pied devant l’autre.
   
(c) MORIARTY

En faisant l’acteur, on devient une espèce d’animal intuitif. ▲ AMALRIC
poèmes rouges
Tu nais, tu vis, et tu mourras un jour. Sûrement. Comme les autres. Tu aimes bien faire comme les autres. Ta ressemblance avec tous les autres, c’est certainement ce qui fait de toi quelqu’un de paradoxalement singulier.

Tu nais en URSS à une période où il ne fait pas bon naître en URSS. Tes parents ne le savent pas encore, mais la guerre froide touche à sa fin, et leur vie aussi, tout à fait parallèlement. En 89, le mur de Berlin, celui qui les rendait si fiers lorsqu’ils se rendaient en RDA, s’effondre. Les notes de Rostropovitch résonnent encore à tes oreilles aujourd’hui, elles qui allaient si mal avec les larmes de maman. Du jour au lendemain, ce communisme en lequel ils avaient toujours cru tombait aux mains d’un capitalisme qui, disaient-ils, laissaient les gens crever dans la rue. Aujourd’hui, tu te fous bien de ces conneries économiques que tu ne comprends pas. Mais tout de même, ces trois années de ta vie, entourée d’un père et d’une mère aimants, fondent encore tes plus beaux souvenirs, ceux dont tu peuples tes rêves le plus souvent possible. Hauts fonctionnaires, tes parents ont dû fuir la Russie lorsqu’est morte l’URSS et avec elle, ils sont tous les deux un peu morts aussi. Tu avais trois ans. De Saint-Pétersbourg, il ne te reste aujourd’hui que des images un peu floues, un peu foirées mais que tu plaques sur ta rétine afin qu’elles ne s’envolent pas totalement. Tous trois, vous avez pris la route la nuit de la naissance de l’année 1992, et jamais vous n’avez fait demi-tour. De ce voyage sur des années, au cours duquel vous deviez éviter le jour, tu ne te souviens pas de grand chose d’autre que de la faim, du froid et de la fatigue. Voyageant seulement à pieds, vous avez en quelques mois rejoint la France où la famille de ta mère vous a caché chez des amis d’enfance. Hervé et Paul t’ont appris tout ce que tu sais aujourd’hui de la culture française. Tu dois à ce couple tout ce qui te fait vivre. Ils t’ont appris la langue que maman avait préféré oublier en quittant son pays et t’ont fait aimer le théâtre, la musique, le cinéma. Tu as aimé la France autant que la Russie et tu t’en veux un peu, parfois, dans les nuits sans rêve, de l’avoir quittée quand papa et maman t’ont demandé de faire un choix. Mais tu ne pouvais pas les laisser partir seuls et eux ne pouvaient plus rester. Il leur fallait autre chose, il leur fallait une vie en dehors de cette cave sombre qui les faisait ressembler à des fantômes. Et vous êtes partis et même dehors, ils ressemblaient toujours à des fantômes. Papa avait entendu parler d’un village étrange dont les gens ne revenaient pas, jamais. Vous deviez disparaître, ça semblait être l’endroit parfait. La traversée du Pacifique et l’arrivée, de l’autre côté de l’océan, tu ne t’en souviens pas vraiment. Tu te souviens de la souffrance, une souffrance terrible, mais c’est tout, et il n’y a plus personne, maintenant, pour t’en parler. Juste toi pour tenter d’imaginer. Et puis ce trou, dans la terre, et maman qui te dit que papa va dormir un peu ici, sûrement assez longtemps, et qu’il faut avancer sans lui, que peut-être il vous rattrapera un jour. Tu hoches la tête. Tu ne sais pas pourquoi papa dors sous la terre, mais tu trouves ça rigolo. Dans les jours qui suivent, tu lui en veux un peu, parce que toi aussi, tu aurais bien aimé dormir un peu, et tu aurais voulu qu’il te propose de jouer avec lui à dormir dans le sable. Et puis un jour, tu arrêtes de lui en vouloir. Tu arrêtes de lui en vouloir parce que tu comprends. Tu comprends le jour où maman choisi elle aussi de se mettre à dormir. C’est comme dans les films de monsieur Eisenstein que vous regardiez dans le canapé du salon, quand tu étais toute môme, avec ces gens de la vie de tous les jours qui se faisaient tirer dessus par les gens au fusil et qui ne voulaient plus se relever après. Tu comprends que papa et maman, ils ne se relèveront plus. En plus de ta mère qui meurt à tes pieds, tu perds ton père car tu réalises qu’il ne te rejoindra jamais, lui non plus, et qu’il n’y a que toi qui peux choisir de les retrouver un jour. Tu continues ta route sur des chemins de terre. Tu as dans les onze douze ans, et les gens te regardent étrangement quand ils te croisent, mais aucun ne s’arrête pour toi. Parfois, tu demandes ton chemin, et ils laissent la peur naître dans leurs yeux lorsque d’entre tes lèvres s’échappe São Poeira. Tu finis par arriver, un soir de mi-juillet. Tu ne le sais peut-être pas, et tu t’en fous sûrement, mais c’était ton anniversaire. Tu te crois alors aveugle, discutant avec Œdipe dans ta tête. Vous êtes bien tous deux et tu ne réalises pas de suite que tu as atteint le terminus. Que même si tu souhaitais repartir, c’est déjà bien trop tard. Déjà, le diable se nourrit de ce qui coule dans tes veines. Tu souris et tu ouvres les yeux. Tu regrettes un peu que papa et maman ne soient pas là, mais tu sais qu’ils se reposent ensemble et qu’en levant la tête, tu pourras leur dire bonjour. Tu poses ton sac à dos sur le sable qui encombre la ruelle dans laquelle tu as échoué. Tu es seule ici mais au loin, tu entends des éclats de voix. Tu as faim, terriblement faim, et tu ne sais pas trop comment faire pour trouver à manger. Sur la route tu volais, mais tu ne peux pas te permettre de faire ça ici. Les gens te reconnaitrais et il faudrait se cacher, et se cacher encore, et tu ne veux plus de cela. Tu t’approches des voix et de ton sac, tu sors la machine à écrire qu’Hervé t’a donné avant que vous ne partiez. Un modèle assez petit, dans un parfait état. Tu t’assois à même le sol et tu la poses sur tes genoux. Sur une feuille, de ton écriture maladroite, dans une langue que tu ne maitrises encore qu’approximativement, tu écris « Poèmes à vendre » et à côté de ces mots, tu dessines quelques fruits, parce que tu ne te souviens plus de comment nourriture s’écrit.

Et depuis quatorze ans, chaque jour, tu vas t’asseoir au même endroit, et tu écris des poèmes pour les gens qui en rêvent encore un peu. Ils sont peu, bien sûr, et la plupart, tu ne les écris que pour toi. Mais il arrive que certains te prennent en pitié, toi, la vieille qui n’a pas grandi, et ils te donnent un bout de pain. Tu vis dans une étrange osmose avec tes rêves, le diable, ta poésie, les personnages dans ton crâne, le syndrome de Peter, les souvenirs que tu as de papa et maman, d’Hervé et de Paul. Tout ça se mélange, trop vite parfois. Et quand dans le miroir tu te vois vieillir, tu fermes les yeux pour te convaincre que tu es encore une môme, et que tu as encore l’âge de t’asseoir dans la poussière pour écrire des poèmes. Au fond, toi aussi, tu es peut-être un peu morte avec l’URSS. Une partie de toi, au moins : l’adulte qui créchait au creux de tes tripes. Aujourd’hui encore, tu es l’enfant que tu as été, et l’enfant que tu resteras.

   

   
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(#) Lun 7 Avr 2014 - 20:01
Bienvenuuuuue
Sinéad, j'ai une longue histoire d'amour avec ce prénom, tu peux pas savoir   
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(#) Mar 8 Avr 2014 - 19:25
Bienvenue à toi !
Bonne chance pour ta fiche :)
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(#) Mar 8 Avr 2014 - 23:34
Mondieu, Ehren.

T'es parfaite. Bienvenue.   

Par contre il manque une partit du code.  Arrow 
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(#) Mer 9 Avr 2014 - 17:40
ton titre, ton avatar puis le début. j'suis déjà sous le charme.   
bienvenue et j'ai hâte de lire la suite.   
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(#) Mer 9 Avr 2014 - 19:35
@Ombre : je ne sais pas, mais je veux bien comprendre. D'où vient-elle, cette histoire d'amour, si ce n'est pas trop indiscret ? Merci, en tout cas.

@Isaï : merci beaucoup !

@Alcide : oh ! merci. Ah, fichtre, je me doutais bien que je ne l'avais pas compris. (Et merci pour l'avatar, au passage. J'aime beaucoup :))

@Jack : tant mieux alors ! Merci, et je fais au plus vite.
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(#) Dim 13 Avr 2014 - 22:28
bienvenue à São Poeira
la vie est finie, mais tu survis.


j'ai eu l'impression d'avoir droit à un cours d'histoire en lisant le début de ton histoire enfin bon, je l'aime bien, cette petite. j'aime tes mots, comme toujours, pour ne pas changer. j'aime sa tête ailleurs et ses poèmes, ses contes nombreux

Il y a ce sourire, là, si grand, si laid, sur ses lèvres gercées par les morsures et le sang versé. Il t'observe, là, le torse ouvert, le coeur entre ses mains, maintenant. Plus rien ne t'appartient ; tu es à lui tout entier, maintenant, qu'importe ce que tu choisis de faire. Ses ongles, si abîmés, s'enfoncent dans ton pauvre coeur et y glisse son venin. La malédiction est lancée ; te voilà captivé.

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(#) Dim 13 Avr 2014 - 22:32
Huhu, c'est mon communisme qui ressort par bouffées, je m'embale quand j'parle de l'urss, j'peux pas m'en empêcher. Merci bien, je m'en vais barbouiller les murs avec des jolies couleurs.
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(#) Lun 14 Avr 2014 - 21:31
Bienvenue à toi avec un poil de retard Amuse toi bien  :**: 
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(#) Lun 14 Avr 2014 - 21:40
Merci :)
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